George A. Papandreou - President of Socialist International - Former Prime Minister
George A. Papandreou - President of Socialist International - Former Prime Minister
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Réhabilitons Georges Papandreou

26 March 2012

Georges Papandreou en février 2011. REUTERS/Tobias Schwarz
Georges Papandreou en février 2011. REUTERS/Tobias Schwarz
Réhabilitons Georges Papandreou
 
Pour Georges Papandréou, c’est fini: après avoir quitté son poste de Premier ministre en novembre 2011, il vient d’être remplacé à la présidence du Pasok par son ancien ministre de l’Economie et premier rival, Evangelos Venizélos. Plus tard, peut-être, les Grecs se rendront compte qu’il fut un grand dirigeant.
 
Avoir été le chef d’un gouvernement qui a dû accepter de passer sous la tutelle des autres dirigeants européens et du FMI et d’imposer à son pays des mesures d’austérité d’une dureté exceptionnelle, ce n’est pas à première vue très glorieux. 
 
Mais si l’on prend la peine de regarder de plus près tout ce qu’a fait Georges Papandréou en deux ans –et dans quelles conditions!–, son bilan prend un autre relief. Au lieu de l’accabler comme ils l’ont souvent fait, ses anciens partenaires devraient lui rendre hommage: aucun d’eux n’a eu à livrer des combats aussi difficiles et à prendre des décisions aussi impopulaires. 
 
Des confidences qu’il a faites à la presse après avoir quitté la direction de son parti, il ressort une certaine amertume. Tous les griefs qu’il formule envers Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et ses adversaires politique grecs ne sont pas pleinement justifiés: on ne peut juger sereinement des conflits dans le déroulement desquels on est soi-même impliqué. Mais sa version des événements mérite d’être prise en considération.
 
Des années d’incurie
 
D’abord Georges Papandréou reconnaît que son pays a été mal géré et il n’en impute pas toute la responsabilité à son prédécesseur. Pourtant Konstantínos Alexándrou Karamanlis a doublement fauté. Non seulement il n’a pas réussi à contenir les déficits, mais il a menti à ses homologues européens et à ses concitoyens: au début de 2009, il avait annoncé un déficit des finances publiques de 3,7 % du PIB pour l’année, puis admis un chiffre de 6%; il n’a pas fallu plus de dix jours à Georges Papandréou à son arrivée au pouvoir en octobre pour comprendre que ce serait en fait plus de 10% et, tout compte fait, l’agence européenne Eurostat est arrivée à 13,6 %! 
 
Mais Georges Papandréou admet que le problème a des origines plus anciennes. Cette prise de conscience l’honore, même si elle est un peu tardive: s’il doit abandonner ses fonctions aujourd’hui, c’est bien parce qu’il appartient à une classe politique qui a failli à ses responsabilités. Etre non seulement Premier ministre, mais aussi fils et petit-fils de Premiers ministres devient très inconfortable quand le pays manifeste son rejet d’un système dans lequel deux ou trois familles se partagent le pouvoir en alternance. 
 
Une Europe peu regardante
 
On peut trouver que Georges Papandréou exagère lorsqu’il accuse l’Union monétaire européenne de ne pas avoir assez surveillé l’état des finances publiques de son pays: dans les affaires de délinquance, il paraît toujours surprenant de voir le voleur dénoncer l’inaction du gendarme. 
 
Mais l’accusation est fondée. L’entrée de la Grèce dans la zone euro a toujours paru très mystérieuse: comment pouvait-on croire sérieusement que ce pays, dont la mauvaise gestion sautait aux yeux de tous les observateurs depuis des décennies, se mettait d’un seul coup à respecter les critères de Maastricht? On pouvait, pour des raisons politiques, faire rentrer la Grèce dans le club, mais il fallu ensuite la surveiller plus étroitement. Cela n’a pas été fait et la responsabilité est partagée.
 
Il faut d’ailleurs rappeler que c’est Georges Papandréou lui-même qui, le premier, a tiré le signal d’alarme. Les agences de notation, si promptes à dégrader un pays lorsque ses fautes ont éclaté au grand jour, n’avaient pas vraiment perçu les faiblesses du système grec. 
 
Standard & Poor’s, par exemple, n’a pas touché à sa note entre novembre 2004 et janvier 2009; à ce moment-là, elle l’a abaissée d’un cran à A-, mais c’est seulement après les révélations de Georges Papandréou qu’elle a entrepris, à partir de décembre 2009, de la corriger régulièrement. Le 17 février 2009, la Commission européenne avait ouvert contre la Grèce une procédure de déficit excessif, mais c’était une application normale du Pacte de stabilité et de croissance dans le cas d’un pays qui annonce un déficit public supérieur à 3% du PIB; cinq autres pays étaient d’ailleurs concernés. 
 
Rappelons au passage que lorsque cette même procédure avait été lancée en 2003 contre la France et l’Allemagne, ces deux pays avaient obtenu sa suspension puis une réforme du Pacte; l’Allemagne était restée quatre ans, de 2002 à 2005, au-dessus du plafond.
 
Des erreurs du couple Merkel-Sarkozy
 
Cet épisode n’a pas été oublié et a contribué à nourrir l’hostilité de la Grèce envers la stricte orthodoxie budgétaire défendue maintenant par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy. Certes, lorsque Georges Papandréou dénonce la façon dont les deux dirigeants européens l’ont traité, il est parfois excessif. La création d’eurobonds lui a été refusée à juste titre: cette solution peut être envisagée pour l’avenir dans le cadre d’une zone euro gérée d’une façon plus collective qu’aujourd’hui, mais en pleine crise, elle n’avait guère de sens. En revanche, il est vrai, l’annonce à Deauville en octobre 2010 d’une mise à contribution des créanciers privés a été une grave erreur; la Grèce n’en a pas été le seule victime, toute la zone euro en a subi les conséquences.
 
Sur le fond, Angela Merkel, qui avait imposé cette solution à Nicolas Sarkozy, avait raison: la Grèce ne pouvait faire face à sa dette sans une restructuration. Alors que les créanciers privés ont finalement accepté l’effacement de plus de 100 milliards d’euros de dette, on n’est pas encore tout à fait sûr que la Grèce pourra tenir ses engagements. 
 
Mais cette annonce, destinée d’abord à calmer les contribuables allemands, était largement prématurée et ne pouvait que semer la panique sur les marchés financiers. Jean-Claude Trichet l’avait prévu, c’est arrivé. On comprend l’amertume de Georges Papandréou, qui a vu de ce fait sa tâche encore compliquée.
 
La fausse surprise du référendum
 
Mais le plus intéressant dans les dernières confidences de l’ancien Premier ministre est ailleurs. Il s’agit de ses dernières semaines au pouvoir et de son souhait de soumettre à un référendum le dernier plan d’aide européen. Cette décision avait surpris et, reconnaissons-le, nous ne l’avions pas comprise. 
 
Or, si ce que dit Georges Papandréou est exact, il avait informé au moins trois personnes –le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, celui de l’Eurogroupe Jean-Claude Juncker et AngelaMerkel– de son projet. Faute de pouvoir compter sur le soutien des partis d’opposition, il lui fallait chercher celui du peuple. On connait la suite de l’histoire.
 
Cela dit, on ne voit pas très bien quelle aurait pu être une autre issue. Georges Papandréou a fait le sale boulot, il ne pouvait qu’être congédié après. Et si son successeur, Lucas Papademos, a le temps de mener à bien le programme de réformes prévu avant les élections, les prochains dirigeants grecs auront au moins une chance: la partie la plus dure aura été accomplie par d’autres et ils auront, si tout va bien et s’ils ne sont pas trop pressés, la chance de recueillir les fruits du redressement de la Grèce. 

A ce moment-là, ils songeront peut-être à réhabiliter Georges Papandréou, qui aura été bien seul dans la période la plus pénible.
 
 Gérard Horny
 
 L'AUTEUR
 
Gérard Horny Journaliste, spécialistes des questions financières et patrimoniales. Auteur de La Bourse pour les nuls First Editions.
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